réflexions sur la condition humaine et l'avenir de l'humanité
LA SCIENCE PEUT ELLE RE-ENCHANTER L'UNIVERS ?
Qu’attendons-nous de la science? Nous savons, certes, discerner derrière l’inutilité apparente de la recherche fondamentale, les conquêtes techniques qu’elle permet. Nous sommes fascinés par ces machines qui décuplent nos possibilités, ces médicaments qui améliorent et allongent notre vie, beaucoup plus que par les perspectives fascinantes de la recherche qui vont bouleverser notre conception du monde ! Ce nouveau visage du réel qu’elle nous fait découvrir va pourtant changer notre vision de l’avenir du monde dans lequel nous vivons.Les techniques certes, ont permis à l’humanité d’émerger de l’animalité. En soulageant l’ homme des travaux les plus pénibles et en lui assurant la sécurité alimentaire, elles lui ont donné le temps de penser sa présence et son avenir dans un environnement hostile, étrange mais apprivoisable.
Elles ont aussi décuplé notre capacité d’agir sur la Nature et de la façonner à notre convenance. Elles nous donnent ainsi l’illusion d’une puissance sans limites, malgré les réveils parfois violents de forces naturelles titanesques. Mais nous sommes à la veille de bouleversements beaucoup plus radicaux.
Les changements climatiques annoncés ne sont certainement pas étrangers à nos activités. Mais penser qu’ils en sont la cause unique, c’est, sans doute, le signe de notre anthropocentrisme récurent, de notre obsession d’un présent que nous voudrions éternel et d’un futur indéchiffrable. Nous semblons vouloir ignorer , en effet que toute l’énergie que notre planète reçoit, provient d’une étoile, le Soleil, dont nous sommes incapables de prévoir et même de mesurer les sautes d’humeur gravées pourtant dans l’histoire géologique de la planète. L’explosion démographique est également redoutable. Que dire des armes de destruction massive que les rivalités culturelles, idéologiques et territoriales peuvent nous inciter à utiliser ! La tentation de modifier l’homme lui-même effleure déjà certains biologistes ! Avons-nous les moyens de conjurer cet avenir terrifiant ? Certainement pas si nous continuons à considérer la science uniquement sous l’aspect de la technique « adorée » comme « le veau d’or » de notre époque.
Les défis que nous devons relever sont donc immenses. La vraie science , celle qui privilégie la recherche fondamentale dont le but est la connaissance des « racines » du réel , nous invite au contraire à prendre conscience de la richesse inépuisable et mystérieuse de la Nature.
Elle donne une nouvelle dimension à l’infiniment petit et à l’infiniment grand, ces deux infinis qui effrayaient Pascal et donnent du sens à notre présence sur une planète dont nous nous sentons de plus en plus responsables.
La science, certes , semble prise de vertige entre ces deux extrêmes. Grâce à de puissantes machines, les grands accélérateurs de particules, elle sonde les constituants élémentaires de la matière énergie. Parviendra-t-elle à mettre en évidence les cordes vibrantes et les branes dont ses théories définissent déjà la carte d’identité. Atteindra-t-elle le « fond » d’une réalité qui se dérobe à mesure que les physiciens s’en approchent et apparaît de plus en plus virtuelle et insaisissable ?
La méthode réductionniste qui doit nous révéler les constituants élémentaires de l’Univers, va-t-elle au contraire, révéler ses limites? Les zélateurs de la théorie M ( dite du Tout ) n’ont , sans doute, pas dit leur dernier mot, mais y a t-il une réponse définitive aux interrogations de la science ?
Inversement, une autre voie semble adoptée par un nombre de plus en plus grand de scientifiques. Ils font remarquer que de niveaux d’organisation en niveaux d’organisation, la matière-énergie acquière de nouvelles capacités irréductibles à leurs constituants élémentaires. Le tout, font ils remarquer, n’est pas réductible à ses éléments. Les lois de ces processus créateurs de structures complexes et sans doute de la vie, sont-elles clairement déterministes ou seulement probabilistes? Transitions de phases, bifurcations, structures dissipatives, conditions aux limites, phénomènes loin de l’équilibre, ordre par fluctuation; autant de tentatives d’explication qui soulignent l’épaisseur de notre ignorance de la complexité des processus qui ont permis l’émergence de l’Univers et de la vie ! La nature « auto-organisatrice » refuserait-elle parfois d’obéir à ces lois que la science a patiemment élucidées grâce au travail de générations de chercheurs? L’émergence de qualités nouvelles de la matière-énergie révèle ,en effet, à la fois la complexité de la nature et sa richesse, sa créativité inépuisable.
Quelle sera la méthode qui l’emportera? Les alpinistes qui inventent de nouvelles voies pour conquérir un sommet, nous donnent peut-être la réponse !
Pourquoi les scientifiques ne sont-ils pas ces monstres froids que les médias nous dépeignent, mais des hommes ou des femmes passionnés par leurs recherches. S’ils se refusent à construire des systèmes de pensées philosophiques et surtout métaphysiques, que d’autres déduisent imprudemment de leurs découvertes, ils ne refusent pas le sens qu’elles peuvent donner à l’aventure humaine à laquelle elles donnent une signification ,diversement interprétée certes, mais essentielle pour notre culture? A l’écoute des harmonies ineffables d’un Univers fascinant, les scientifiques ne sont pas insensibles aux évocations poétiques, musicales et picturales qu’elles évoquent. Les mathématiques, elles mêmes, réputées pour leur « froideur » préparent les scientifiques à un regard sur un Univers qui émerveille à la fois l’artiste qui sommeille en chacun de nous, mais aussi le théoricien dont les équations révèlent de stupéfiantes perspectives très éloignées de nos « perceptions » communes. Les physiciens, pris de vertige devant le gouffre sans fond des fondements d’une « réalité » qui semble s’éloigner à mesure qu’ils s’en approchent, seraient-ils les nouveaux mystiques du XXI° siècle?
La science peut-elle apporter une réponse aux questions auxquelles ses recherches donnent parfois une « coloration » métaphysique.? Elle nous fait prendre conscience ,en effet, de notre étroite interdépendance avec l’Univers tout entier. Fils des étoiles qui ont forgé dans leur cœur nucléaire les éléments dont nous sommes constitués, nous nous posons des questions sur ce surgissement de la matière-énergie et son expansion foudroyante qui a permis notre formation ! Les cosmogonies antiques y avaient apporté une réponse mythique. Saurons-nous en dévoiler les « ressorts secrets » et y découvrir une nouvelle culture pour une époque prise de vertige?l
Saurons- nous surtout nous émerveiller devant la variété et la richesse sidérante des solutions imaginées par la nature pour résoudre des problèmes auxquels nous pensions être la réponse idéale et unique !
La découverte d’ une foison de planètes extra-solaires remet à l’ordre du jour une autre question à laquelle « l’épidémie » de soucoupes volantes a donné un regain d’intérêt médiatique ! Sommes- nous seuls dans cet Univers dont nous ignorons l’origine et les limites que la vitesse finie de la lumière nous dérobe ? Cette question ,certes, est purement spéculative tant que nos télescopes n’auront pas localisé une planète dont les paramètres permettraient l’émergence d‘une vie de type «terrestre», la seule que nous connaissions ! Malheureusement, toutes les planètes découvertes jusqu’à présent sont atypiques. Cela signifie-t-il que notre conception terrestre du vivant n’ est pas applicable aux autres systèmes stellaires ?
Cela risque de compliquer la tâche des chercheurs de civilisations extra-terrestres ! Mais si cette recherche apparaît comme proche de l’utopie, ne révèle-t-elle pas cependant cet état d’esprit qui régnait avant les grandes conquêtes continentales terrestres?
Nous avons toujours rêvé de briser nos limites spatio-temporelles et les chaînes qui nous retiennent à la Terre qui nous a vu naître, de couper en quelque sorte le cordon ombilical.
Notre « solitude » d’êtres capables de penser l’Univers nous paraît… impensable insupportable ! Le bébé, certes ne peut rester au berceau toute sa vie, selon une pensée du père de l’astronautique !
Mais il est une limite qu’il semble impossible de transgresser : la mort qui s’oppose toujours à notre recherche d’un ailleurs. C’est pourtant elle qui a permis à la matière vivante des origines, de niveaux d’organisation en niveaux d’organisation, de faire émerger des êtres doués de capacités nouvelles. De générations en générations, la race humaine se serait-elle …améliorée sans ce prix à payer pour l’émergence d’êtres mieux adaptés à un environnement en constante évolution ? On peut douter, certes de ce progrès ! Notre connaissance de l’Univers et surtout du lien indissoluble qui nous lie à lui, nous la devons pourtant à la recherche scientifique actuelle. Faut-il ériger la Science en nouvelle religion ? Ce serait troquer notre désir de comprendre et de connaître, en dogmes intangibles et définitifs , donc trahir l’esprit qui guide la recherche scientifique. L’image qu’elle ébauche du Monde ne peut-elle cependant transformer radicalement notre conception du rôle que nous sommes appelés à y jouer?
Elle peut donner, en tous cas, une nouvelle vision de l’avenir humain, comme les « grandes découvertes » qui ont changé l’évolution de nos sociétés. Seuls au Monde ou concurrents d’autres civilisations, nous sommes désormais condamnés à donner du sens à ce qui semble absurde , notre présence sur une planète dérisoire perdue dans l‘océan sans limite du Cosmos.
Ainsi la Science, paradoxalement, remet à l’ordre du jour une question incontournable : que signifie être un homme ? Notre puissance pour transformer notre planète est dérisoire comparée aux forces qui ont accouché de l’Univers et le façonnent sans cesse ! Notre statut certes est plus modeste et pourtant essentiel. L’univers nous est offert comme un livre merveilleux qui nous tient en haleine au fil des perspectives qu’il déroule devant nos yeux étonnés!
Faut-il ré-enchanter la Science? Est-ce nécessaire? Le monde qu’elle nous révèle et les défis auxquels elle nous convie ne sont-ils pas en effet plus étonnants et exaltants que nos rêves les plus fous.
La Science nous invite donc à nous plonger dans ce livre qu’elle écrit patiemment depuis le « miracle grec », son acte de naissance. .Elle nous place aux commandes du vaisseau spatial Terre . Elle nous invite à prendre notre avenir en main ! Quel avenir ? Cela dépend de nos choix, décisifs pour « l’aventure humaine » !
Si nous continuons à opter pour la conquête de parts de marché "juteuses", si nous nous disputons des lambeaux de terres riches d'histoires ou de réserves minières, nous sommes condamnés à finir comme les colonies de rats en surnombres qui se dévorent !