Candide est une oeuvre iconoclaste. Certains vont donc trouver que j'ai affadi le personnage, que j'ai gommé sa causticité. Sa conversion à la contemplation des étoiles risque d'étonner, de choquer les spécialistes de l'oeuvre de Votaire. Sa découverte d'une astrophysique porteuse de questionnements métaphysiques, est-ce un contresens, une trahison ? Sa conversion à la symbolique des étoiles peut paraître en effet étrange chez ce personnage type du siècle des "Lumières".
Voltaire est déiste certes, mais il entend dans son oeuvre, dénoncer et ridiculiser une métaphysique du "meilleur des mondes possible" au nom de laquelle la terreur de l'inquisition a sévi. Mais pourquoi l'astrophysique ne nous réconcilierait-elle pas avec le ciel; i.e. avec une aspiration humaine à dépasser des limites d' une pensée strucurée par un évolution de type terrestre. Ces astres que nous contemplons ne nous rappellent-t-ils pas cette aspiration à l'illimité, à l'infini, qui nous caractérise?Notre avenir n'est-il pas inscrit dans les étoiles? A la veille de briser les chaînes qui nous retiennent à la Terre-mère, cette symbolique ne peut-elle pas nous préparer à un avenir qu'elle préfigure ? Pure utopie peut-être, mais vision d'un futur qui oriente le présent et peut lui donner un sens dont il est dépourvu. Contrairement au PetitPrince, Candide a "les pieds sur Terre" mais son émerveillement devant la féerie du spectacle de l'Univers, change son regard sur notre société et même sur sa relation à "Cunégonde" .
Le Petit Prince fait en quelque sorte le parcours inverse. Il descend du "ciel" à la rencontre des humains. On a parfois d'ailleurs reproché à St. Ex. d'en avoir fait une figure du Christ.Il apparaît en effet comme le sauveur providentiel dont le regard d'enfant purifie les humains de leurs perversités. Je n'ai pas voulu gommer cet aspect du personnage qui me semble essentiel. Il a certes une connotation évangélique. Mais il me paraît, avant tout, porter sur nous un regard d'enfant que l'humanité au stade adulte a besoin de redécouvrir. Son origine extraterrestre donne au petit Prince cette étrangeté et cette authenticité qui fait son charme, mais aussi ce regard aigu et confiant sur une aventure humaine dont il est déconecté. Il me semble préfigurer cette humanité future, qui après avoir rompu le cordon obilical avec la Terre-mère, est à la recherche d'un nouveau destin. Il peut nous faire prendre concience de la mutation humaine que les voyages interplanètaires et stellaires vont imposer à l'humanité. Le Petit Prince de St. Ex. bien qu'étrange est certes beaucoup plus proche des enfants des hommes de notre époque que le "mien"! Ces deux personnages m'ont paru avant tout nous rappeler ce devoir d'enfance que nous nous efforçons d'oublier. C'est ce que j'ai essayé de souligner en demandant la caution de deux génies de notre littérature. "