réflexions sur la condition humaine et l'avenir de l'humanité
La science actuelle émerveille, fascine, inquiète. Prométhée, condamné par Zeus, triomphe actuellement ! Il a « volé » le secret du feu des étoiles : la conversion de la matière en énergie. La connaissance a fait un bond prodigieux; la terreur aussi ! Le mythe de l’omniscience resurgit. Graal du XXI° siècle, il occulte l’essentiel : les rapports de l’homme avec la Nature. La réalité ultime joue à cache cache avec les physiciens dans les grands accélérateurs de particules. Est-elle totalement élucidable ? Bohr et Einstein se sont posé cette question scientifiquement ambiguë. La nature « ontologique » du problème ,en effet, fait resurgir le spectre redouté de la métaphysique :
Derrière les phénomènes observables y-a-t-il de « l’être » ou seulement de « l’existence » ?
La vie ,c'est le triomphe de l'imprévisible et de l'instabilité .
Au delà d’un seuil critique, un système complexe devient instable et ouvre la voie à de nouvelles solutions optimisées ou non. C’est ainsi que de niveaux d’organisation en niveaux d’organisation la vie a pu émerger: sorte de choix du système( téléonomie de J.Monod),ordre par fluctuation (Prigogine). La conscience et la pensée seraient-elles totalement déductibles de la physique et de la chimie( J.P.Changeux ) ?
La tentation du déterminisme absolu perdure, mais une nouvelle science découvre les vertus des impossibilités et de l’instabilité créatrice dont seules les statistiques peuvent rendre compte. Les réponses biaisées de la Nature sont révélatrices d’un ordre caché, riche de sens pour le chercheur.
N'est-ce pas l’irruption de la fantaisie et de l’imprévisible dans une Nature que la science classique voulait immuable?
Mais avec l’émergence de la vie, de son évolution vers la conscience et sa capacité chez l’homme à penser l’Univers et à y découvrir des lois exprimées sous forme mathématique, réapparaît la question du sens. Est-elle de la compétence de la Science ou seulement de la métaphysique? Est-ce l’homme ou la Nature qui créent du sens?
La science du XX° siècle a changé totalement notre conception du monde et de la destinée humaine. Ses découvertes sont donc essentielles pour la culture de l’homme moderne. Pourquoi refuserait-elle à la philosophie et à la métaphysique le soin de décrypter et de conceptualiser le sens qu’elle suggère à travers ses recherches?
E.Schrödinger affirme :« les découvertes sont dénuées de signification en dehors de leur contexte culturel ».
M.Merleau-Ponty précise : « L’être se fraie un passage à travers la science comme à travers toute vie individuelle ».
Une nouvelle voie s’offre à la recherche, celle de l’interrogation patiente d’une réalité phénoménale d’une richesse inouïe.
Einstein était stupéfait de la spécificité de l’homme à penser l’Univers qui l’a engendré.
Jacques Monod avait lui aussi une conscience aiguë de cet étrange don que Mère Nature a fait à l’homme : « Il faut bien que l’homme se réveille de son rêve millénaire pour découvrir sa totale solitude, son étrangeté radicale. »
H. Poincaré a mesuré la fragilité et le pouvoir stupéfiant de la connaissance, illimitée dans son désir de comprendre :« La pensée n’est qu’un éclair au milieu d’une longue nuit, mais c’est cet éclair qui est tout .»
La Science peut-elle occulter le sens que ses découvertes projettent sur l’aventure humaine ou doit-elle, au contraire participer à cette élaboration d‘une nouvelle vision du monde que ses découvertes laissent entrevoir?
L’homme moderne n’apparaît-il pas, plus que jamais, comme : « l’être des lointains »( H.Atlan)? Il ne peut se satisfaire de sa condition terrestre. Fils des étoiles, il ne peut renoncer à la recherche de ses racines cosmiques, son véritable destin.