La technoscience et le marché dépouillent le réel de la richesse symbolique inépuisable que l'esprit humain a tendance à lui donner. Elles nous invitent à réifier le monde matériel. Tout y est considéré comme objet, tout devient donc négociable; les personnes elles-mêmes. L'approfondissement de nos connaissances du réel n'a qu'un but : optimiser la production de biens matériels destinés à la consommation. La Science, pour le grand public, n'est plus cette recherche désintéressée des fondements d'une réalité insaisissable, une conquête sans fin de l'indéfinissable, de l'inatteignable. Elle enchantait le monde, au lieu de le désacraliser de le... "déshumaniser". Comprendre comment "fonctionnent" les étoiles, comment évoluent les galaxies, commet est né l'Univers, n'améliore pas nos conditions de vie, mais nous fait prendre conscience de notre place dans cet ensemble auquel nous appartenons et du rôle que nous sommes appelés à y jouer. Les petites lueurs des étoiles qui percent l'obscurité de la nuit, n'est-ce pas le rappel symbolique de notre condition ? Dans ce conte, Candide et le Petit Prince sont déconcertés par cet oubli des spécificités humaines fondamentales : le sentiment de notre étroite interdépendance avec tous les humains de la planète et l'Univers entier, notre géniteur. La Science en effet, ne permet pas seulement d'améliorer nos conditions de vie. La technoscience prétend faire reculer les inégalités et la pauvreté. Elle les aggrave. La Science met au contaire l'accent sur la richesse inépuisable d'une nature qu'il ne s'agit pas de dominer, mais de comprendre et d'apprivoiser. Elle nous invite à nous en faire une amie, non à la considérer comme un objet à consommer. Elle ne nous donne pas seulement un pouvoir et des droits, mais des responsabilités. La première est de redoner du sens à notre présence sur cette planète que nous ne songeons qu'à exploiter. Sommes-nous capables d'inverser cette course suicidaire qui détruit la nature et ce tissu des relations humaines dont nous sommes "tricotés"? Telle est la question que j'ai essayé de poser dans ce conte en confrontant nos deux héros aux responsables de notre situation catastrophique et à ceux qui essaient d'esquisser des échappatoires, des pistes de reflexions, pas des solutions toutes faites.