réflexions sur la condition humaine et l'avenir de l'humanité
Où est le sens ?
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
« L’aventure humaine » a-t-elle encore un sens ? On peut légitimement se poser de nos jours la question.
Le double langage est à la mode. Il sauve les apparences, il permet de promettre sans agir. Il justifie même ceux qui invoquent les droits de l’homme et des peuples et massacrent au nom de ces mêmes droits.
Le pouvoir d’achat distribué par les pays développés peine à éponger une production exponentielle de biens "superflus" , tandis que le sous-développement prive les 2/3 de l’humanité de l’essentiel ! Exister c’est pour les uns, toujours plus, pour les autres, toujours moins. Dans ce contexte, comment imaginer un avenir mobilisateur, digne d’être vécu.
La course effrénée au profit a conduit à un niveau de spéculation et d’escroquerie qui met l’économie réelle de la planète au bord du gouffre. Les jeunes sont les premières victimes de cette situation qui les marginalise. La publicité les invite à consommer alors qu’ils n’ont pas accès aux revenus du travail.
Le travail lui même est dévalorisé par les cadences et les risques imposés. On l’a vidé même de son sens créatif. Il ne donne même plus le sentiment de jouer un rôle social, d’exister par le service rendu. Quel sens dès lors donner à une vie sans réel horizon, autre que la production et la consommation ?
Cette perte du sens, commune à nos sociétés, adoratrices d’une techno-science qui offre à la production des biens toujours plus désirables, sans donner les moyens de les acquérir, affecte donc particulièrement la jeunesse. Les actes désespérés : suicides et tueries minutieusement programmées, se banalisent.
La vie humaine ne semble plus la valeur suprême, quasiment sacrée que les religions avaient imposée. Elle n’est plus entre les mains des dieux ou de Dieu. Tout individu, chef d’État, ou particulier n’hésite pas à en disposer à sa guise. Mieux, tout individu se fait fort de justifier les droits qu’il s’arroge sur ses semblables.
La parole véhiculée par les médias et Internet, revêt, comme les « Écritures » autrefois, un caractère quasiment souverain, sacré. Le droit, interprété par chacun selon son intérêt, paraît de plus en plus fragile et incapable de garantir le ciment social qui s’effrite. Les piliers de nos sociétés : liberté d’opinion, respect de l’individu, égalité des droits, acceptés du bout des lèvres par chacun, sont allègrement bafoués sur toute la planète!
L’absurdité d’une existence vouée à la course au profit qui exclut les plus fragiles et rétrécit notre horizon à une consommation effrénée, encouragée par la publicité, devient de plus en plus évidente.
Une prise de conscience de cette absence de perspectives commence certes à émerger. Mais elle est encore bien fragile et les relais qui autrefois disaient le bien et le mal sont disqualifiés par des comportements en contradiction avec des paroles édifiantes !
D’ailleurs, le bien et le mal apparaissent à notre intelligentsia à la mode, comme une vision manichéenne, dépassée, obsolète, pour employer leur langage.
Nietzsche qui annonçait la mort de Dieu et de l’homme aurait-il raison ? Certes la « pensée » du dieu de la Bible, interprétée par les « églises », est présentée contradictoirement, à la fois comme un message d’amour et un catalogue d’interdictions de tous les signes physiques de l’amour humain. Dieu s’efface ! Par quoi , par quelle image d’un "homme dieu" , allons- nous le remplacer?
A l’image brouillée de ce Dieu , nous substituons malheureusement la nôtre, celle qui légitime nos désirs. Croyons-nous encore en nous, en notre appel à être toujours plus homme ou seulement en notre légitimité à décider ce qui est bien ou mal, i.e. ce qui nous arrange.
Les garants de l’éthique sociale, ce ciment qui garantissait le lien, ont tellement utilisé les grands principes pour justifier leur politique à courte vue, qu’ils les ont vidés de leur sens originel.
Nous avons oublié qu’avant d’être des créateurs de richesses, nous sommes « condamnés » à créer du sens. C’est le rôle assigné à chacun d’entre nous, si modeste soit-il.
Tout œuvre humaine est porteuse de sens en proportion de la richesse et de la profondeur de la pensée qui l’a conçue. La réflexion sur l’homme de la philosophie ,de la religion ,de l’art et surtout de la science, dont l’influence est grande en notre siècle, est-elle qualifiée pour dire le sens ? Elle ne crée pas le sens, elle ouvre la voie à sa découverte.
En effet aucune de ces nobles activités de l’esprit humain ne peut et ne doit nous imposer un sens à donner à notre vie. En quête de vérités définitives, nous oublions que la vérité, celle qui donne du sens à notre vie est une réflexion, une construction permanente. L’homme de demain sera à inventer, à construire en fonction de l’image d’un monde évolutif élaborée par la réflexion et la science !
C’est nous qui sommes invités à approfondir et à redéfinir sans cesse ce que signifie être homme, à remplacer l'absurdité par le sens. !