Nos deux compères, Candide et le Petit Prince, sont étonnés que les enseignants préfèrent trop souvent des débats sur des problèmes d'actualité, à la confrontation des élèves avec les grandes oeuvres de notre littérature. Faut-il en conclure que les comportements humains décrits dans ces oeuvres sont trop "décalés" pour des enfants de la Télé, des jeux vidéos et soumis à la tyrannie de modes passagères imposées par les médias? Ce contexte certes ne favorise pas l'approche de ces auteurs, d'autant plus que la variété des cultures, dans lesquelles aujourd'hui "baignent" les élèves, les rendent à leurs yeux obsolètes.
Faut-il donc céder à la tyrannie du présent et renoncer à la richesse de la pensée de ces auteurs, qui demeurent au delà des siècles des maîtres de la reflexion ?
L'accélération du progrès technologique qui permet une circulation quasi instantanée des idées et la diffusion des manifestations culturelles en tous genres, nous impose une sorte de prêt à porter de la pensée. Il semble de plus en plus mal séant ,voire incongru de rappeler que ce matraquage ote à nos enfants et à une partie des citoyens de nos démocraties, le temps et la capacité de la réflexion personnelle avant de formuler un jugement et de prendre une décision. Il me semble donc nécessaire de rappeler que la véritable aliénation est celle qui ne nous donne pas les moyens d'une réflexion indépendante. Comment cette capacité peut-elle s'acquérir, sinon par la fréquentation des auteurs qui nous obligent à remettre en question les idées et les croyances les mieux établies. Car en définitive, la vocation de l'enseignant n'est-elle pas de préparer leurs élèves à former, par la reflexion, leur propre jugement, au lieu de leur laisser répéter ce que d'autres ont pensé pour eux!